Ce 22 8bre 1720 pardevant moy notaire royal et témoins sousignés, comparurent les Sr Pierre LUCAS et Mathieu DE RECHAIN, âgés de plus de 25 ans, lesquels, sans induction de personne en faveur de justice et vérité, à la réquisition du Sr Jacq Philippe DE JONG, ont unanimement, sous serment là même presté, déclaré qu'aujourd'huy passé deux ans, sans préjudice de la date précise, ils ont estés à la maison de Jean LE BLAN, cabartier à Ensival, où le prêtre Michel DECHENEUX se trouvat en habit de prêtre et puis s'habillat en séculier, prennant un habit couleur de loup, une peruque avec un bour(c)e et ruban et un chapeau bordé d'or et se munissant d'un bâton (en corde) de 5 à 6 pieds de longueur avec un fer pointé au bout, fit beaucoup de bravade et sortit ainsi vêtu de ladite maison et fut faire du vacarme parmy le bourg d'Ensival, allant d'un cabaret à l'autre, entre autres chez Servais NOCKIN et Jean DECHAMPS, puis retourna chez ledit LEBLAN où étant survenu quelque disputte entre les nommés Hubert LABEYE et Quoilin DE RECHAIN, ledit prêtre, toujours en habit de séculier, prit le parti dudit LABEYE et l'excitant contre ledit DE RECHAIN.
Ledit LUCAS, et autres, furent obligés de le blâmer et le tint, l'empêchant de sauter sur ledit DE RECHAIN, au tems qu'il s'efforçoit pour l'atteindre et ayant fait finir la disputte, ledit Quoilin DE RECHAIN sortit et retournat dans sa maison puis ledit prêtre, accompagné dudit LABEYE et autre, sortirent aussy et, selon un bruit là même répandu, furent chanter quelques chansons scandaleuses et injurieuses en forme des paskeyes à la porte dudit Quoilin DE RECHAIN contre l'honneur de la soeur d'iceluy cy, ils excitèrent le même DE RECHAIN à sortir de sa maison, lequel, vers les onze heures du soir, qu'il ne fut pas (citot) arrivé sur son pavé qu'il ne reçu un coup à la teste du même bâton que ledit prêtre s'estoit munit et duquel coup il est mort quelques jours en après, donnans les déclarans pour cause de science que le nommé LABEYE qui avoit porté ledit coup leurs avouat alors cela s'avoir passé ainsy et, le lendemain, ledit DE RECHAIN, déclarant, at esté à la maison de Servais NOCKIN où ledit LABEYE eu disputte avec ledit prêtre qu'il accusat estre la cause qu'il avoit porté ledit coup avec son bâton et ledit prêtre s'opposoit tellement contre ledit LABEYE qu'ils s'auroient battu sy ledit DE RECHAIN et autres ne les auroient séparés, déclarans en outre les deux comparans d'avoir lors vu ledit prêtre (rouler) trois jours consécutives parmy Ensival en habit de séculier, chantant des chansons fort scandaleuses et parlant fort indignement, jurant souvent le mort dieu et faisant autres jurements exécrables du St nom de Dieu, se laissant traiter de monsieur le lieutenant et ledit LUCAS dit que ledit prêtre a été par luy vu à Verviers avec cet habit, avec un pistollet de poche et un couteau à bayonnettes qu'il luy montrat pendant un desdits trois jours, tout quoy les comparans offrent de réitérer ..... déclaré ..... à la maison de Nizet PIETTE en présence de Nizet PIETTE et de Lambert, Olivier et Martin DE RECHAIN, témoins à ce requis.
Stante pede et eoram eisdem testibus, sont comparus Servais NOCKIN, Jean NIZET et Jeanniton NOCKIN, en âge suffisant, lesquels ayans eu lecture de l'act cy en haut ......, ont déclaré sous serment là même presté d'avoir vu au tems présent ledit prêtre Michel DECHENEUX, vestu en habit de séculier comme est énoncé audit act et de l'avoir vu ainsy rouler plusieurs jours d'un cabaret à l'autre parmy Ensival, chantans des chansons deshonnestes et fort scandaleuses, s'entretenans de discours peu honestes et indignes de son caractère, jurant fort souvent le mordieu et faisant autres jurements exécrables du st nom de Dieu et autrement, ayans les trois comparants esté présents à la maison dudit NOCKIN, premier comparant, lorsque ledit prêtre eu disputte avec ledit LABEYE et lorsque celuy cy luy reprochat qu'il estoit la cause du malheureux coup qu'il avoit porté avec son bâton à la teste de Quoilin DE RECHAIN, pourquoy ils auroient venus aux prises s'ils n'avoient estés séparés et si ledit prêtre n'avoit esté, par ledit NOCKIN, conduit à la porte......
Notaire A. Rensonnet.
8/10/1720.
Cejourd'huy 19 8bre 1720 pardevant nous la cour de justice du Grand Rechain comparu personnellement Evrard POUXHON, natif du pays de Luxembourg, présentement résident au ban de Herve, en son âge de 37 ans, lequel, sans induction de personne, en faveur de justice, a déclaré sous serment prêté que, le 9 du mois courant, le prêtre appellé Michel DECHENEUX, à luy bien connu, le vient trouver labourant une terre audit ban de Herve appartenante à Thomas ARNOLET et, feignant d'avoir mal à un pied et de ne pouvoir marcher, il le requis, avec Jean LARONDEL, de luy mettre un cheval pour le mener à Banneux, et après plusieurs promesses luy faite qu'il seroit revenu à midy avec son cheval ou à une heure au plutard et qu'ainsy il ne négligeroit pas le labeur de la terre encommencée, il accordat de le remener audit Banneux avec le jeune cheval dudit ARNOLLET et le déclarant marchant à pied et ledit prêtre à cheval il l'envoioit d'un cabaret à l'autre pour l'attendre et luy fit boire copieusement du brandevin chez les nommés LARONDELLE et DEBIER, et puis il le voulu encor faire boir chez LEMAIRE à Soiron, ce que le déclarant ne voulu faire crainte de s'enyvrer, puis ledit prêtre voiant qu'il n'avoit voulu aller boire chez ledit LEMAIRE, il l'envoiat attendre chez GOUVY à Goffontaine luy enchargeant de bien boire en l'attendant et qu'il ne traderoit pas longtems de l'aller trouver, et le déclarant ayant resté là plus de deux heures après midy il s'avisat qu'il auroit pris un autre chemin et seroit retourné à Banneux sans luy, ce qui luy fit prendre l'envie de poursuivre son chemin sur Banneux où étant arrivé il du attendre chez le père dudit prêtre jusqu'à 8 heures du soir avant qu'icelluy n'arriveroit et y estant arrivé il commençat à le faire manger et boire et luy faisant tirer une chopinne de brandevin il commençat à exciter le déclarant à boire et dire qu'il falloit s'enyvrer et puis on fit tirer encor deux chopinnes de brandevin pour boire avec les nommés Renson LE HOUSE et Renson BIET surcéans de Stocquy du Grand Rechain lors présens, et après avoir bu ensemble deux chopinnes de brandevin et encommencé une troisième, ledit prêtre dit au déclarant qu'il falloit qu'il signeroit un papier qu'il alloit faire par lequel il déclareroit d'avoir vendu deux chevaux audit Renson LE HOUSE sur le bois de Fraipont, et comme le déclarant avoit déjà reconnu ledit DE HOUSE et scavoit qu'il avoit été emprisonné à Aywail à raison qu'on l'accusoit d'avoir volé deux chevaux audit ban de Herve appartenants à Dres DELHAYE, son voisin, il dit qu'il ne feroit pour dis mille écus, et malgré cela ledit prêtre commença à dire qu'ils luy obligeroient bien à le signer et lesdits DE HOUSE et BIET dirent qu'ils le tueroient, sur quoy le déclarant réplicqua au prêtre qu'il estoit plus voleur que ledit DE HOUSE puis qu'il vouloit le forcer ou faire forcer à dire et signer ce qu'il n'avoit pas fait, et, continuant à le vouloir faire signer ledit papier, il luy dit qu'il demanderoit telle somme d'argent qu'il voudroit pour le fait=re qu'on luy donneroit et qu'il s'en iroit dans son pays (et) qu'on ne luy diroit jamais la moindre chose et même ledit prêtre luy promit de le guarantir de cela et qu'il n'en seroit jamais recherché, sur tout quoy le déclarant dit qu'il ne le feroit quand on luy donneroit la maison pleine d'or et d'argent et persistant à ne vouloir signer, le père dudit prêtre dit à celuy cy de ne se meler de cela et qu'il faudroit mieux qu'il diroit sa messe, qu'il n'avoit pas besoin de molester un homme qu'il avoit toujours connu pour honeste, puis lesdits DE HOUSE et BIET, prévoiant que le déclarant ne signeroit pas, jurèrent plusieurs fois qu'il ne sortiroit pas de la maison sans être tué s'il ne le signat pas et ledit DE HOUSE luy tint un couteau à bayonnette nu à l'estomach pendant que ledit BIET, son beau-frère, et ledit prêtre le seroient de près, ne le voulant permettre de se sauver, et le déclarant disant qu'il aimoit mieux d'estre tué que d'être pendu, il trouvat le moyen de se sauver auprès du père dans une chambre au lict, et cela après qu'il avoit prié la mère dudit prêtre de luy laisser la porte ouverte pour se sauver, ce qu'elle luy avoit refusé, et ayant passé le reste de la nuit auprès du père dudit prêtre, au matin il approchat celuy cy pour être payé de sa course et revenant encor une fois à la charge, il commençat par belles parolles à vouloir induire le déclarant à signer ledit papier, disant qu'il ne ferat que deux lignes et l'aiant mené boire du brandevin chez le nommé Henry JASPAR à Banneux, il le pressat en présence de celuy cy et autres à signer ledit papier, et de plus voulu l'obliger à luy vendre ledit jeune cheval dudit ARNOLLET luy en présentant six pistolles quoy qu'il n'en vaut pas quattre mais le déclarant n'osat le vendre parce que ce n'estoit pas à luy et crainte que ledit prêtre ne le feroit passer pour un voleur et ne luy imputeroit d'avoir volé les deux autres, quoy que ledit ARNOLLET auroit été aise d'avoir autant d'argent d'un si jeune cheval de 2 ans et ledit prêtre ne voulu rendre le dit cheval, tenant le déclarant jusqu'à douze heures à midy et se témoignant si passionné pour faire succomber le déclarant, le nommé Henry JASPAR luy dit de sortir de sa maison et ne pas tourmenter davantage le déclarant autrement qu'il le déchasseroit, et effectivement il le fit sortir puis il survint quelques hommes de Herve qui induirent le déclarant à reprendre ledit cheval par force et, s'ayant attroupé à six, ils furent à la maison du père dudit reprendre le jeune cheval, et s'ayant accordé pour ses vacations, pour un écus ledit prêtre luy donnat deux esquelins et luy dit qu'il iroit reprendre son fusil chez ledit BIET que ledit prêtre l'avoit vendu à Gillet VOISIN et le déclarant dit d'abondant qu'en retournant à Banneux il avoit aperçu que ledit prêtre n'avoit pas mal à son pied et le lendemain encor, pendant la matinée, marchant comme s'il n'avoit rien et aussy légèrement que le déclarant. Offre le déclarant de réitérer cette ...
Témoins: R. Baar et A Delcour.
Notaire: A. Rensonnet.
19/10/1720
Ce jourd'hui 19 8bre 1720 pardevant moy Notair admis par le Souverain Conseil de sa Maj. Ordonné en Brabant soussigné et en présence des témoins embas dénommés comparurent Jean LARONDELLE, Marie VOISIN, sa femme, Thomas ARNOLLET et Everard POUXHON habitans du Ban de Herve lesquels à la réquisition du Sr Jacques Philippe DE JONG ont déclaré sous serment dans mes mains prêté scavoir les deux premiers être véritable que le 9 du courant sur les huit heures du matin, Renson BIET vint à leur demeure et se fit tirer une pinte de bière à boire, lequel fut d'abord suivy du prêtre Michel DE CHAINEUX qui se fit aussy verser un ver de brandevin sans faire semblant de se connoitre iusqu'à ce que ledit prêtre se fit donner une tartinne à déjeuner, qu'il but de la bière avec ledit BIET, puis demanda un cheval à louer pour le ramener à Banneux surquoy la comparante luy proposa le cheval de Martin le Jeune à quoy il répliqua de souhaiter un homme de sa connaissance demandant après Everard POUXHON le premier comparant luy présenta de l'aller chercher et vnu à sa maison le trou(va) sorti à son labeur (labour) ché ledit Thomas ARNOLLET, et faisant son rapport ledit prêtre persista de l'avoir, le premier comparant offrit encor de le mener auprès d'icelluy comme il fit et parvenu audit labeur témoignant d'avoir mal au pied, il prya ledit Everard de luy donner un de ses chevaux et le ramener, lequel s'excusat de ne pouvoir quitter son ouvrage et hésitant jusqu'à ce que ledit Thomas ERNOLLET avança audit Everard de luy donner son jeune cheval à condition qu'il fust retourné à midi ou à une heure au plus tard affin que son labeur ne fut retardé, ce que ledit prestre promit solemnellement au même ERNOLLET présent ledit premier comparant quoy que ledit cheval ne luy fut remis que le lendemain au soir, fort gâté, déclarans unanimement que ledit prêtre DE CHAINEUX promettoit de le payer audit Everard largement, tout ce qu'il luy demanderoit. Tout quoy lesdits comparants offrent réitérer ... ainsy fait et déclaré à la maison desdits premiers comparants au ban de Herve ... en présence du Sr Pirson RENSONNET, lieutenant de la première compagnie desdits bans et Jacques GRIFGNAYE? témoins ...Notaire R. BAAR
30/10/1720
Le prêtre Decheneux (ou De Chaineux)
Cejourd'huy 30 8bre 1720 pdt moy notaire royal et témoins sousignés comparu Hubert BISSOT, surcéant du Grand Rechain, en son âge de 23 ans, lequel, en faveur de justice et vérité, à la réquisition du Sr Jacq Philip DE JONG, a déclaré sous serment là même prêté, qu'aujourd'huy passé trois semaines, scavoir le 9 courant, il estoit à la porte de la maison de Bertolemy LEMAIRE à Soiron environ midy lorsque le Rd prêtre Michel DECHENEUX y arrivat à cheval avec le nommé Evrard POUXHON, à pied l'un et l'autre, au déclarant bien connus, ayant ouy que ledit DECHENEUX vouloit faire boire du brandevin audit POUXHON qui s'en excusat et ne le voulu faire sous prétext d'être incommodé, et celuy cy s'en fut laissant ledit DECHENEUX chez ledit LEMAIRE où il bu beaucoup de brandevin, et étant survenu chez ledit LEMAIRE le nommé Pierre LE ROY et le Rd prêtre MARQUET, ledit DECHENEUX dit que le jeune cheval qu'il avoit monté étoit à luy et qu'il le venderoit et livreroit et l'ayant mis à vendre le déclarant fut emploié pour monter et chevaucher ledit cheval, ce qu'il fit sur la place appellée la Saulle devant la maison dudit LEMAIRE, puis ledit DECHENEUX voulant faire apparoitre l'addresse et (la) bonté dudit cheval, il le chavauchat luy même le faisant sauter d'une telle manière qu'il culbutat quasi trois ou 4 fois et il auroit tombé sur le pavé de Henrick GUILLOT si le déclarant n'auroit arrêté le cheval par la bride et fait descendre ledit DECHENEUX qui, après avoir juré plusieurs fois en Dieu et en son âme, et par le mordieu qu'il ne donneroit pas ledit cheval à moindre prix de dix huit écus, le vendit audit Pierre LE ROY au prix de seize écus, et comme ledit LE ROY disoit d'acheter ledit cheval pour ledit MARQUET et que celuy cy étoit sorty de la maison, le même DECHENEUX fit déshabiller ledit cheval par le déclarant jurant qu'il falloit que ledit LE ROY le prendroit au prix convenu et qu'il l'obligeroit bien à le prendre et tenir le marché fait, et, après avoir longtems bu brandevin et vin avec ledit LE ROY et contesté l'un contre l'autre, le déclarant apperçut que ledit LE ROY prennoit ledit DECHENEUX parmy le corps et fut le coucher sur un lict chez ledit LEMAIRE pour le désenyvrer, étant tellement ébu qu'il ne pouvoit se tenir debout, ayant le déclarant sorty de la maison dudit LEMAIRE avant que ledit DECHENEUX se découcheroit, et le déclarant at apprit du depuis que ledit cheval n'estoit pas à luy et que c'estoit à Thomas ARNOLLET du ban de Herve, tout quoy il offre de réitérer ... (fait) au Grand Rechain ... en présence de Denis Mathieu HENRY et Mathieu, son frère, menuisiers du ban de Soiron ...
Notaire A. Rensonnet.